observatoire des sondages

Sondage sur l’emprunt : idiot ?

lundi 29 juin 2009

Fidèle à sa stratégie de communication, Nicolas Sarkozy, qui n’avait pas grand-chose à dire aux parlementaires réunis en congrès, a lancé le projet d’un grand emprunt d’Etat. Selon les règles de fait de la politique française, l’initiative était relayée par des sondages. Et conformément à ces sondages dont la réponse est dans la question on apprenait les résultats décevants pour le président. S’il y a une surprise, c’est l’erreur des experts de l’Elysée. Ce n’est pas le premier [1] mais, quand le fait se renouvelle et cette fois avec éclat, on peut se poser des questions sur le professionnalisme des conseillers.

Les chiffres sont particulièrement accablants. Même Le Figaro, pourtant pourvu d’un sondage Opinionway, ne transformait pas le sable en or en titrant : « Le projet d’emprunt national ne convainc pas » alors que 56 % des internautes étaient plutôt ou tout à fait défavorables à l’emprunt [2]. Mais c’est un sondage Ifop-JDD qui défrayait la chronique. 82 % des sondés n’avaient pas l’intention de souscrire à l’emprunt. Chiffre sans appel qui justifiait des titres définitifs : « Emprunt : c’est mal parti… » [3] « Un sondage plombe l’emprunt » [4] (...)

Immédiatement, le conseiller spécial du président, Henri Guaino, était envoyé sur le plateau hospitalier de France Inter pour faire contre-feu. Pas de mots assez durs pour disqualifier le sondage : « idiot », stupide ». Les répétitions révélaient un profond agacement : « tout cela est idiot, ce genre de sondages sont idiots, tous les chiffres auxquels on fait dire n’importe quoi sont idiots aussi ». Cette sainte fureur ne masquait pas l’incompétence du conseiller de l’Elysée. Car si ces sondages sont idiots, il fallait dire pourquoi. Or l’objection était qu’on ne connaissait « ni le montant, ni le taux, ou les modalités » de l’emprunt. Cette ignorance interdisait aux sondés d’en parler. Elle n’avait pas empêché le président de la République de le faire. Autrement dit, les Français sont libres d’acquiescer. S’ils ne le font pas, c’est qu’ils ne savent pas.

A l’attention des conseillers naïfs, il convient donc d’expliquer en quoi ces sondages sont sinon « idiots » du moins suscitent des interprétations erronées : ils produisent simplement des artefacts. Ici, ils agrégent des réponses différentes sous le même libellé. Par exemple on peut n’avoir aucune intention de souscrire à l’emprunt (61 %) parce qu’on n’a pas d’argent pour le faire mais aussi parce que l’on déteste Nicolas Sarkozy. Il est même quelques sondés qui ont probablement répondu à partir d’un jugement défavorable à l’emprunt proprement dit. Autrement dit, quelques uns ont répondu à la question posée. Et la démonstration pourrait ainsi continuer. Mais nous ne sommes pas les conseillers es sondages de l’Elysée.

Sachant que la question posée ne pouvait donner une approbation de l’emprunt - comment avait-on pu l’espérer ? - il ne fallait pas que la question soit posée. On reste donc étonné devant l’amateurisme de conseillers qui, par ailleurs, ne trouvent pas « idiots » ou « stupides » les sondages favorables, comme cette côte de confiance qui vient de donner un gain de 3 points à Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas moins « idiot », si l’on veut dire que c’est un artefact auquel quiconque aurait tort d’accorder un moindre crédit.

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