Il est une rupture que Nicolas Sarkozy a rapidement réussie. Après les péripéties d’un divorce en octobre 2007, la nouvelle relation amoureuse du nouveau président avec l’ancien top model Carla Bruni s’affichait par une visite à Disneyland le 15 décembre 2007 et recevait la consécration du mariage le 2 février 2008. L’affaire a défrayé la chronique people et aussi bien la chronique politique. La presse étrangère et française s’est mise à manifester de l’impertinence alors que déferlaient sur l’internet des images d’un président très relâché et de son amie très dénudée. Quant aux élus de la majorité, ils s’inquiétaient à l’approche des élections municipales alors que les sondages marquaient une forte baisse de popularité du président. Ces semaines risquent fort de devenir un cas d’école pour les spécialistes de marketing politique. Elles sont aussi une histoire à méditer pour les citoyens.
De quoi se mêle-t-on ?
En octobre 2007, le divorce présidentiel était à la une. Du moins dans les conversations. Les salles de rédaction étaient partagées : fallait-il en parler ? Et surtout cela allait-il avoir quelque effet sur l’opinion publique ? A Lisbonne, le président s’offusquait de la question d’un journaliste : « J’aurais tellement aimé qu’un journal comme Le Monde puisse se passionner pour l’Europe plutôt que pour ma vie privée […] Les Français ne m’ont pas élu pour autre chose que travailler, travailler et encore travailler. Pour le reste ils ne me demandent aucun commentaire. Ca les intéresse beaucoup moins que vous et ils ont raison » [1]. Comment Nicolas Sarkozy savait-il que les Français étaient indifférents ? Par les enquêtes bien sûr, les qualis et les sondages.
L’indifférence des Français était certaine puisque les premiers étaient confirmés par les seconds et le tout appuyé par la parole des sondeurs : « Les sondés avaient jugé qu’il était un Français comme les autres », explique Pierre Giacometti. Ce dernier fait le pari que ce « divorce n’aura aucun impact sur l’opinion ». Confirmation : selon un sondage CSA réalisé le 18 octobre auprès de 806 personnes […] 79 % des Français jugent ce divorce « peu ou pas du tout important » pour la vie politique française [2] . Deux mois plus tard, les sondeurs se retrouvent sur la même longueur d’ondes depuis Brice Teinturier (IFOP) selon lequel « la pipolisation n’a pas d’impact », à Stéphane Rozès (CSA-TMO) pour lequel « Ses vacances, l’exposition de sa vie privée apparaissent secondaires » en passant par François Miquet Marty (LH2) qui affirmait : « il y a une cohérence globale : il est lui-même, pour l’instant son image n’en pâtit pas » [3].
Cette belle unanimité professionnelle ne coïncidait plus avec un divorce mais déjà avec un mariage. Quelques jours après l’apparition de Disneyland, les photographes accompagnaient le couple en vacances de Louxor à Petra, puis, le président lâchait un « Carla et moi, c’est du sérieux » lors de sa conférence de presse du 8 janvier 2008 où la vie amoureuse suscitait plus de curiosité que la politique et les réformes. Dès le mois de décembre 2007, des sondages omnibus interrogeaient les Français sur un éventuel remariage présidentiel. Nicolas Sarkozy rassurait ses proches : « Il n’y a rien à dire. Les gens considèrent que cela relève de ma vie privée. Autrement dit, ils s’en foutent. Au pire, ils diront que j’ai bon goût » [4]. Pourtant, le voyage à Louxor avec l’avion privé de l’industriel Bolloré avait soulevé des critiques comme le voyage à Petra avec l’avion du roi de Jordanie. Tout à son bonheur privé, Nicolas Sarkozy ne semblait guère se soucier de discrétion. A nouveau, il était conforté par la presse et les sondeurs. Et même devant la baisse modérée de popularité, le journal Le Monde du 1er janvier 2008 interprétait : « La côte de popularité du chef de l’Etat s’est « normalisée ». L’article ne faisait guère que répercuter les points de vue des sondeurs. L’un d’eux en tirait même une interprétation très optimiste pour le Président : « Sarkozy dispose d’une popularité très polarisée, très structurée qui résiste au temps ». Pierre Giacometti, directeur d’Ipsos mais aussi conseiller du président, se trompait.
observatoire des sondages
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