observatoire des sondages

Entre amis : la commission, les sondeurs...et Emmanuel Macron

vendredi 27 janvier 2017

Le 13 décembre 2016, la commission des sondages publiait un court bilan de son activité pour les années 2015 et 2016. On sait que son contrôle est non seulement rare mais pas sévère pour ne pas dire qu’il est inexistant. Pourtant, ce dernier rapport marque encore plus de bienveillance, si cela était possible, envers les sondeurs. Sur un point particulièrement sensible en matière électorale : les hypothèses de second tour sans rapport avec les résultats du premier.

En 2009, la commission avait formellement interdit la publication de sondages sur le second tour d’une élection proposant aux sondés des candidats qui auraient été éliminés au premier tour. Voir ci-dessous (Commission des sondages, Rapport 2008-2009 : la commission des sondages face aux élections municipales de 2008 et européennes de 2009, 2009 p. 5).

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Si cette interdiction a été grosso modo respectée la commission s’est chargée de rappeler à "l’ordre" les contrevenants.

Sept ans plus tard, cette interdiction se mue en simple recommandation : voir ci-dessous (Commission des sondages, Rapport 2015-2016 : La commission des sondages face aux élections départementales et régionales de 2015 et aux primaires de la droite et du centre de 2016, décembre 2016 page 4).

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La commission a en somme changé d’avis. La "mutation" n’a pas échappé à l’Ifop qui donnait Emmanuel Macron vainqueur au second tour de la présidentielle, qu’il soit opposé à Marine Le Pen ou à François Fillon (Ifop-Fiducial, I> télé, Paris Match Sud radio, 11 janvier 2017). Hypothèses impossibles puisque l’ancien ministre des finances était éliminé, toujours selon ce sondage, dès le premier tour. Un détail pour certains sympathisants qui n’ont pas manqué de se réjouir du résultat (cf. 2017enmarche.fr, 11 janvier 2017). mais un procédé classique d’énoncé performatif, une prophétie autocréatrice visant à faire advenir ce qu’elle annonce. Pour le dire autrement une incitation non déguisée aux votes tactiques cumulant les adversaires de l’un (François Fillon) et de l’autre (Marine Le Pen) au profit d’Emmanuel Macron. On ne fera pas semblant de croire que les auteurs de cette manipulation, car il s’agit bien de cela, ne savent pas ce qu’ils font.

Forte de sa « nouvelle jurisprudence », la commission n’a donc rien objecté en publiant sur son site (conformément à la loi) la notice détaillée dudit sondage.

Depuis sa création en 1977, et au fil du temps qui passe la commission des sondages et le contrôle des sondeurs qui lui avait été confié se sont faits moins rigoureux. Aucune sanction prononcée en 40 ans d’existence. Singulier bilan pour une administration de contrôle. Elle s’est rapprochée inexorablement de ceux qu’elle était censé surveiller, laissant la partie infime de leur production (les sondages d’intention) mais très déterminante dans la vie démocratique, se dégrader. Au point d’en épouser la cause pour ne pas gêner leur commerce.

C’est toujours la même histoire en somme, celle des organisations de contrôle ou de surveillance et de leurs agents qui finissent par être perméables aux raisons de ceux qu’ils ont pour mission de contrôler, de surveiller, voire parfois de réprimer. Il ne s’agit pas alors de corruption, ni de trafic d’influence, ni autre malvervation de ce type, mais de relations sociales très "banales", faites de rencontres et d’échanges, de coups de téléphone, de courriers, de déjeûners ou diners (à l’occasion de la rédaction d’un rapport annuel, à l’approche d’une échéance électorale importante, d’un colloque, etc). La régularité et la durée importent ici plus que la fréquence [1] . La commission des sondages et les sondeurs se connaissent donc bien. En science politique on parle "transactions collusives" pour qualifier ce type de relations [2]


[1C’est une des raisons qui justifient la rotation des fonctionnaires de contrôle lorsqu’ils sont jugés trop exposés. Ce n’est manifestement pas le cas des rares – ils s’en plaignent – membres actifs » de la commission des sondages (son secrétaire général est ainsi en place depuis 18 ans).

[2Michel Dobry, Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de Sciences Po, 1985.

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