observatoire des sondages

Municipales 2026 : promotion et intentions de dissuasion à la niçoise

lundi 20 mars 2023

Les sondages destinés à porter une cause ou défendre une opinion, sont maintenant monnaie courante. En France, l’Ifop est devenu expert en la matière. Qu’il ait été choisi récemment par des niçois, plus précisément par l’association des amis du maire de Nice, autrement dit C. Estrosi, pour promouvoir la candidature de ce dernier aux prochaines municipales n’est donc pas le fruit du hasard. De fait comme tout « bon push poll » sa méthodologie est singulièrement fantaisie, mobiliser le plus efficacement et le plus tôt ses partisans est à ce prix.

Aucun doute possible, n’en déplaise à la presse aux sondeurs ou aux membres du Cevipof, aucune (non)« cristallisation du vote » qui ne tienne, aucun « rapport de force politique à un instant t » non plus, quant aux « pincettes [à prendre] » si souvent invoquées pour les appréhender (cf. Le figaro, 27 février 2023), à part pour déposer le dit sondage, dans la première poubelle venue, elles ne sont d’aucune utilité, car des intentions de vote à un scrutin trois ans avant son déroulement ne sont pas des intentions de vote. L’affirmer est au mieux un abus de langage ou la marque d’une ignorance crasse, plus sûrement un mensonge. Il est donc inutile ou presque de relever l’extrême faiblesse de l’échantillon initial : 589 sondés, duquel il convient de retirer les 16,8% (99 individus) qui ne se prononcent pas soit au final 490 personnes. On le savait, l’Ifop, les amis du maire de Nice, les journaux, tel de petits télégraphistes, ne sont pas les amis (entre autre) de la rigueur statistique, mais comme dit précédemment ils s’en moquent, l’objectif de cette « histoire drôle » est de « marquer un territoire » diraient les éthologues.

« Une arme politique » dirait F. Kalfon [1]. qui se vante d’avoir contribuer comme directeur de campagne de A. Montebourg à la disqualification puis au retrait précoce (décembre 2106) du président sortant F. Hollande de la présidentielle de 2017 [2]. Si l’on excepte le ralliement politique de C. Estrosi à E. Macron pour la présidentielle de 2022, aucun événement ou scandale majeurs n’étant venus troubler la vie politique niçoise depuis les dernières municipales, il y a trois ans, la « chute » de l’histoire drôle de l’Ifop est sans surprise (voir ci-dessous).

La seule chose qui laisse perplexe c’est le chemin sinueux pris par le sondage. Présenté comme confidentiel par le JDD qui le premier le commente (26 février 2023), pour atterrir le lendemain dans les colonnes notamment de Nice-Matin, qui parle lui de « fuite », et du Figaro. La commission des sondages n’est pas compétente en matière de sondages « d’intentions de vote » dits confidentiels, la notice lui a pourtant été transmise. Quel jour exactement ? La commission n’indiquant aucune date de publication sur son site, impossible d’en être certain. Est-elle intervenue discrètement pour que le sondeur dépose comme la loi l’y oblige la notice d’un sondage commenté dans la presse ? Le JDD a -t-il fait le « malin », Nice-Matin fait-il montre d’hypocrisie, etc. ? Mystères.

Aucun mystère en revanche sur la nature du sondage, bien que « dégainée » particulièrement précocement c’est une arme politique contre E. Ciotti (crédité de 25%, contre 35% à (C. Estrosi), les intentions de vote on verra... dans trois ans.


[1Conseiller régional PS d’Île de France, ex-Dir. Com chez Euro RSCG, ancien responsable de l’opinion au PS

[2cf. Commission des sondages-Université Paris V, Sondages et débat électoral, Conseil d’Etat, 19 octobre. 2018.

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