observatoire des sondages

Primaire à droite : des biais à l’image des candidats, toujours plus nombreux

vendredi 18 mars 2016

La liste des candidats à la primaire de la droite s’allonge, les écarts entre les prétendants se creusent, mais la prophétie des sondeurs à 8 mois de l’organisation du scrutin, toujours prévu en novembre, demeure elle inchangée : Alain Juppé sortira vainqueur. (Elabe, L’Opinion-BFM TV, 16 mars 2016)

Les perdants pourront toujours se consoler en excipant des biais de cette énième enquête en ligne. Le sondeur n’a d’ailleurs pas ménagé sa peine, une fois encore.

Concernant la représentativité de l’échantillon tout d’abord. Déjà mise à mal par le mode d’administration [1], elle l’est encore plus par son effectif famélique : 513 personnes (affirmant être sûres d’aller voter). Moins en réalité puisque 21% de l’échantillon (pour le 1er tour) et 25% (pour le 2è tour) refusent d’indiquer toute intention, en définitive l’effectif total s’élève à 405 personnes (1er tour) (385 au 2e tour)...c’est "un peu" insuffisant. On appréciera la pudeur du sondeur qui indique en tout petits caractères dans la notice détaillée : “*résultats à interpréter avec prudence compte tenu des effectifs des répondants" (p.9).

Lorsqu’il s’agit en revanche de deviner le nombre de votants "potentiels" la prudence n’est plus de mise : 4,4 millions. Mieux que la primaire socialiste de 2011. De quoi fait rougir les dirigeants de LR. Le sondeur ne donne pas sa recette. Une hypothèse cependant. Les 513 personnes de l’échantillon (sans aucune autre précision, quant à leur sympathie partisane notamment) représentent 10% d’un échantillon initial d’internautes (5001) auquel a été adressé le questionnaire et qui est censé figurer l’ensemble du corps électoral français (44.6 millions d’électeurs, cf. INSEE, mars 2015). Autrement dit 513 = 4.4 millions. Avec les sondeurs la vie politique, électorale... et la statistique sont de suite tellement plus simples.

Ces biais ne constituent pas des "nouveautés". La durée de l’"enquête" elle est beaucoup plus inhabituelle, étonnement longue, qui plus est pour un sondage en ligne, puisqu’elle s’étale sur un mois (du 16 février au 16 mars 2016). En principe la validité d’un sondage repose également sur le temps imparti à sa réalisation, autrement dit au recueil des réponses. Dans le cas présent par exemple certains candidats ne l’étaient pas encore du moins officiellement au début de l’enquête (Bruno Lemaire, Nathalie Kosciusko-Morizet) [2]. Mais ce n’est là qu’un "petit" détail. Dans quelle limite la durée de réalisation d’un sondage n’affecte pas sa validité ? Un mois ? Et pourquoi pas un an ? On sait que pour justifier leurs "enquêtes" en matière électorale les sondeurs soutiennent sans discontinuer que chacune d’elles est une photographie de l’opinion ou du "rapport de force politique à un instant T". Que penser de cette "photographie" s’il a fallu un mois ou plus pour la prendre ? Un bien curieux "instantané" mais porteur assurément de toutes les distorsions, surtout pour des intentions de votes.

Si cette réalisation particulièrement étalée dans le temps reste encore un exemple isolé dans la production totale des sondages, sa fréquence s’est singulièrement intensifiée depuis plus d’un an. Seraient-ce les prémices du phénomène que l’on a observé à partir des années 70 pour les sondages en face à face et dans les années 80-90 pour les sondages par téléphone (en France) à savoir un taux de réponse de plus en plus faible ? Il est trop tôt pour le dire. Mais comme dans les cas précédents, il ne faudra certainement pas compter sur les sondeurs pour le savoir, l’augmentation préjudiciable du temps des enquêtes en ligne ne serait pas une bonne nouvelle pour cette industrie.

Quoi qu’il en soit, que peuvent donc bien valoir grevés de tels biais les scores de 1er tour d’Alain Juppé (41%), de Nicolas Sarkozy (23%), de Bruno Le Maire (11%)...? Pour ne rien dire de ceux du 2è tour qui voit l’ex-Premier ministre l’emporter sur l’ex-Président de la République, 64% contre 36%.

Une fois encore et sans surprise c’est le cadet des soucis de la plupart de la presse qui a fait ses choux gras de cette "mauvaise nouvelle" pour Nicolas Sarkozy.


[2La question du respect par tous les candidats déclarés des conditions requises pour se présenter à la primaire est d’ailleurs « soigneusement » ignorée par le sondeur (les parrainages par ex).

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