observatoire des sondages

C dans l’air ou le café du commerce

jeudi 17 avril 2014

Ils n’ont pas résisté à la tentation de « refaire le match » en commentant longuement le sondage rétrospectif sur l’élection de 2012 si elle avait lieu aujourd’hui (OpinionWay-Le Figaro-LCI) [1]. Il faut dire que l’émission C dans l’air sur la Cinq ressemble à s’y méprendre au petit zinc du café du commerce. Il n’y manque que le ballon de gros rouge devant chacun des habitués : Yves Calvi le bistrotier, le bon sens populaire incarné, qui rappelle parfois à l’ordre ; Yves Thréard, le journaliste du Figaro qui court d’un bistrot télévisé à l’autre ; David Revault d’Allonnes, le quadra sérieux du Monde, spécialiste du tunnel ; Bruno Jeudy, le représentant du bien nommé Journal du Dimanche au niveau intellectuel de la sieste et enfin Ghislaine Ottenheimer, la journaliste de Challenges, un magazine de news économiques et de marketing, obligatoire aujourd’hui pour parler politique, et il faut bien une femme au comptoir. Aucun de ces habitués ne trouva ridicule le sondage rétrospectif. Aucun ne s’inquiéta de ces opérations qui consistent à refaire une élection, bref à jouer les sondages contre l’élection. Il y eut même un coup de pub pour Le Figaro qui l’avait publié et le sondeur OpinionWay, si obligeant avec M. Patrick Buisson et l’Elysée qu’ils peuvent toujours servir.

Comme il se doit le café du commerce n’est pas pluraliste. Il ressemble à ces cafés blancs où se rassemblaient il y a un siècle les conservateurs du village. Sur la place télévisée, il n’y a pas de café rouge. On y cultive aussi les accords par corporatisme : les habitués représentent la presse, leur journal, un alibi commode pour des penchants narcissiques. On ne se critique pas entre confrères, surtout s’ils se retrouvent sur tous les plateaux. La télévision n’est plus qu’un miroir pour la presse. Des journalistes invitent des journalistes… Sur le plateau de C dans l’air, on voit de plus en plus les mêmes. Nous ne pouvons plus vérifier précisément puisque le site de l’émission ne permet plus de comptabiliser le nombre d’apparitions des invités. Un oubli significatif. Sachant ce qu’est la composition d’un plateau, on devine qu’il est difficile de faire venir des têtes nouvelles au café du commerce. Au risque d’être noyé dans la vulgarité. On sait qu’il n’est plus beaucoup de gens intelligents pour accepter d’y paraître.

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