observatoire des sondages

Abécédaire de l’agitateur « moderne » : pas de « bonne » mobilisation sans push poll

lundi 1er décembre 2014

Les sondages dont les résultats contreviendraient à l’idéologie et aux affinités politiques de ses commanditaires officiels ou officieux peuvent-ils exister ? Le push poll d’OpinionWay et d’Axys consultants (société de conseil en organisation, finance et fonds de placements), publié quelques heures avant le début d’une semaine de mobilisation patronale par Le Figaro et BFM-Business en suggère l’impossibilité : « Une majorité de Français comprend le ras le bol des patrons » titre le quotidien en guise de présentation des résultats de ce sondage auto-administré, pour ne rien dire d’autre sur ses qualités représentatives (cf. Le Figaro, 30 novembre 2014). Vu le contexte de crise économique et social majeure, cette annonce relèverait même du bon sens, sauf à considérer les patrons français comme des Français « pas comme les autres ». Les sondés d’OpinionWay sont donc prêts à leur concéder ce qu’ils éprouvent eux-mêmes. 58% d’entre eux soutiennent leur mobilisation dont l’appel avait été lancé par le Medef et la CGPME, ce qu’a « oublié » de préciser le sondeur dans le questionnaire. Que peut bien valoir un soutien quand les raisons principales de cette mobilisation ne sont pas même évoquées ? Il s’agissait seulement de recueillir ensuite un acquiescement sur la fiscalité des entreprises jugée (forcément) trop élevée par 62% des internautes. La fiscalité est par définition toujours trop élevée.

Cette « belle » majorité fond d’ailleurs rapidement lorsque la question porte sur la baisse des impôts et des charges pour aider les entreprises (dont il n’est pas précisé si elle concerne les ménages et/ou les entreprises). 53% y sont favorables. Quant aux autres obsessions des organisations patronales : les 35 heures, qu’il faudrait supprimer ; le code du travail qu’il faudrait simplifier (supprimer ?) ; les licenciements qu’il faudrait faciliter, elles récoltent des opinions moins encourageantes, respectivement 27%, 41%, et 6% d’avis favorables. Mais pour Le Figaro, qui file la métaphore sportive, les plus fortes résistances attribuées à « la gauche et aux salariés » importent peu, puisque dans le match qui oppose le gouvernement au patronat, c’est le patronat qui mène : 1 à 0 (« Patronat 1, gouvernement 0 ! », cf. Le Figaro, ibid). Avec de tels arbitres pouvait-il en être autrement ?

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