observatoire des sondages

Cantines scolaires : la junk food d’Odoxa

samedi 21 mars 2015

Après la décision du maire UMP de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, de revenir au menu unique dans les cantines scolaires, décision soutenue par Nicolas Sarkozy (toujours aussi inspiré dans sa quête opportuniste des électeurs d’extrême droite), le sondeur Odoxa a décidé à son tour de s’en prendre aux menus que l’on sert aux « enfants juifs et musulmans qui ne mangent pas de porc »(cf. Odoxa-I>télé, 20 mars 2015). Le sondeur affirme tonitruant que 53% des Français s’opposent à ce que, dans les écoles publiques, on serve à ces enfants des repas de substitution.

Le Parisien qui relaye la « nouvelle » a décidé de faire plaisir à Nicolas Sarkozy en transformant légèrement le questionnaire du sondage qui ne mentionne pas l’ancien président : « Menus sans porc à l’école : Sarkozy soutenu par une majorité de Français » (20 mars 2015). Le Figaro s’est contenté pour l’instant d’un vote de paille sur son site internet.

Le sondage d’Odoxa est biaisé jusqu’à « l’os ». S’il s’agissait de s’assurer qu’un maximum de sondés choisissent la suppression des repas de substitution le sondeur ne s’y serait pas pris autrement.

Précision préliminaire : il s’agit d’un sondage par internet et rémunéré, il n’est donc pas représentatif. (Cf. par exemple sur ce point Petite histoire des méthodes d’enquêtes par sondage ; Sondages en ligne : où est le problème ? OpinionGate (5) ).

Composé de trois questions, le sondage, procédé classique de toute « bonne » manipulation sondagière, est agencé pour susciter le plus de désapprobation aux repas de substitution, un effet bien connu des chercheurs en sciences sociales... et des sondeurs : l’effet d’acquiescement (cf. par exemple Quand l’Ifop et Fondapol se mêlent d’antisémitisme ; Le lobbying par sondage : « les Français favorables à la livraison des Mistral » ; OpinionWay ouvre la chasse aux pauvres)

- Question 1

- Question 2

- Question 3

Sauf être aveugle un tel ordonnancement, plus encore que les questions elles-mêmes, suggère de façon suffisamment explicite un lien entre les différentes tueries qui ont été perpétrées depuis le début l’année 2015 en France et à l’étranger [1] la remise en cause de la laïcité et ne pas manger de porc parce qu’on est musulman ou juif. C’est à peine plus subtil que « les enfants juifs et musulmans qui ne mangent pas porc à l’école » sont des futurs terroristes en puissance. Un sondage qui ravira sans doute Marine Le Pen qui s’est essayée l’année dernière à la polémique sur les cantines scolaires après les quelques succès remportés aux municipales, insinuant de manière fautive (faut-il s’en étonner) que certaines d’entre elles ne servaient plus que des « menus confessionnels » (Cf. RTL, 4 avril 2014).

Pour I>télé (le commanditaire officiel de cette « enquête ») c’est sans doute une bonne recette pour assurer le spectacle qui se doit être permanent pour une chaîne d’information en continu. Le sondeur l’a bien compris qui lui fournit des farces et attrapes à volonté qui se prennent au sérieux et se croient intelligentes.


[1De l’attentat de Charlie Hebdo à celui de Copenhague en passant par le dernier en date au musée du Bardo de Tunis.

Lire aussi

  • Faux mais dérisoire ? La sélection de Benzema

    2 mars 2016

    Qui aura prêté un peu d’attention à ce résultat de sondage erroné mais tellement peu important ?
    Sept Français sur dix sont opposés à la sélection de Karim Benzema, mis en examen dans la fameuse affaire (...)

  • Violence à Air France : les sondeurs mènent l’enquête

    12 octobre 2015

    Comme on pouvait s’y attendre l’agression de cadres dirigeants d’Air France a inspiré les sondeurs.
    Une « inspiration » faite, comme d’habitude, de questions triviales ou biaisées, de questionnaire (...)

  • Les réfugiés dans les filets des sondeurs (I)

    17 septembre 2015

    Les sondeurs en mal de publicité sont friands de tragédies humaines. Une chance : c’est un filon inépuisable. Après la guerre, le racisme, l’antisémitisme, le terrorisme...c’est au tour des réfugiés, (...)