observatoire des sondages

Marianne refait le « coup » de Le Pen

dimanche 10 février 2019

Le mouvement des « gilets jaunes » a largement perdu en intensité. Rien de vraiment surprenant près de trois mois après les premières manifestations. Comme à son habitude la presse, dans sa majorité, a dès le début cherché à déterminer dans quelle mesure la population française soutenait les mobilisations, ainsi que l’identité de son principal bénéficiaire politique. Pour se faire le moyen le plus facile, le plus rapide, le moins cher (souvent gratuit) à sa disposition pour répondre à ses préoccupations : le sondage [1].

Si Marine Le Pen s’est montrée relativement discrète dans son soutien apporté au mouvement, la dirigeante d’extrême droite a repris « sa » couronne de meilleur(e) opposant(e) au Président de la République début janvier 2019. Un hochet politologique décerné régulièrement par des doxosophes désœuvrés [2] si l’on se fie notamment aux destinées de leurs précédents « propriétaires » : J-L. Mélenchon sous F. Hollande, O. Besancenot sous N. Sarkozy, etc.

Il n’en fallait pas davantage pour que nombre de commentateurs y voient la principale bénéficiaire des tumultes actuels [3]. Ne manquait plus que des intentions de vote pour renforcer le diagnostic. Estimant sans doute que les premières prophéties électorales européennes manquaient de force [4] le scrutin emblématique de la présidentielle a fini « tout naturellement » par être invoqué. Et c’est le magazine Marianne (et l’Ifop) qui s’est récemment chargé de la « démonstration » à grand renfort de titraille sensationnelle, et du sempiternel « si l’élection avait lieu dimanche » et ses variantes (cf. ci-dessous).

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Aucune élection présidentielle n’aura lieu dimanche. A 3 ans du prochain scrutin, une éternité en politique et pour la presse, ce type de sondage est donc une supercherie. « Le rapport de force politique à un instant T », autre « élément de langage » usité par les sondeurs en pareil cas n’est qu’une vue de leur esprit. Autrement dit un artefact produit par le sondage lui-même, d’autant plus facilement que les sondés sont incités à répondre à des questions qui ne se posent pas (ou qu’ils ne se posent pas encore sérieusement) par des paiements en bons d’achats.

La fabrication et la diffusion de ce type d’infox [5] occupent une place de choix dans le répertoire de la doxosophie, et Marianne (associée à l’Ifop) n’en est pas à son coup d’essai (cf. par ex. Conjectures et fausses nouvelles : Marine Le Pen à 30% ou la liberté de la presse selon Marianne).

La loi adoptée récemment pour lutter contre ces infox semble inadaptée, la campagne présidentielle officielle comme tout le monde le sait n’est pas pour demain. La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ne punit la publication, la diffusion ou le reproduction de fausses nouvelles, que si « elles ont troublé la paix publique » et ont été faites de « mauvaise foi ». Les sondages ne semblent pas troubler la paix publique. Reste les sottises politologiques, qui elles ne tuent pas.

Conclusion : si la direction de la rédaction de Marianne a changé récemment [6] les âneries demeurent.


[2Dans le cas présent l’Ifop-Fiducial-Paris Match-Sud Radio 8 janvier 2019.

[3Cf. par exemple « Gilets jaunes : pourquoi Marine Le Pen est la seule à en profiter », Marianne, 11 janvier 2019.

[5Francisation de l’expression « fake news » (fausse nouvelle), mélange d’intoxication et d’information, terme choisi par la Commission enrichissement de la langue française pour désigner une « information mensongère ou délibérément biaisée ».

[6Dirigée depuis septembre 2018 par la journaliste Natacha Polony.

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