observatoire des sondages

Candide à la primaire socialiste

mercredi 5 octobre 2011

Les promoteurs de la primaire socialiste se sont agacés récemment des critiques portées sur cette procédure. Au point de multiplier les prises de parole acides dans la presse. Ils ont évidemment repris l’argument classique de la démocratie : plus on vote plus c’est démocratique. Caricaturant au passage leurs contradicteurs qui seraient des "archaïques", "passéistes", "ringards", défenseurs des vieilles oligarchies et magouilles partisanes. Simple erreur de lecture, ces critiques, à l’instar de Rémi Lefebvre, ont dit que la primaire était le résultat de l’échec militant du PS : "Le PS n’est plus ce qu’il n’a jamais été" [1]. Cette subtile formule a manifestement dépassé l’entendement de certains. Il faut dire en effet que la promotion sans nuance de la primaire socialiste relève de l’irénisme. Cette forme de naïveté optimiste face au réel. Deux problèmes doivent ici être soulevés.

- La primaire socialiste a permis des débats politiques que l’on peut trouver positifs dans un temps où langue de bois et manque d’imagination dominent. Qui n’a vu pourtant qu’elle invite les sondeurs aux premières loges. La primaire a jusqu’à aujourd’hui motivé pas moins de 39 sondages. Qui peut croire qu’il s’agit d’une entreprise intellectuelle : mieux connaître, mieux comprendre. Il s’agit bien entendu pour ceux qui paient ces sondages d’intervenir dans la nomination du candidat socialiste qui pourrait bien être le prochain président de la République. La primaire, une procédure démocratique ? Ce pourrait être en France comme une sorte d’équivalent de la publicité politique et du financement illimité des élections américaines, une procédure ploutocratique.

- Il manque manifestement aux promoteurs de la primaire une culture de l’histoire électorale. Rappelons qu’il a fallu lutter pendant des décennies jusqu’après la première guerre mondiale pour imposer dans les élections des normes légales et des pratiques de moralité politique. L’idée que le vote devait être « sincère et libre » ne s’est pas imposée naturellement. Et si les corruptions, fraudes et pressions électorales peuvent être aujourd’hui négligées, c’est parce qu’elles sont considérées comme très marginales dans l’ensemble des pays occidentaux. Un postulat. Cela n’implique pas qu’il n’y ait aucun risque. Les sondages électoraux sont prescriptifs comme nul n’ose plus le contester. Or, les sondages sur les primaires en appellent à l’auto-déclaration de sondés qui se disent sympathisants de gauche ou sympathisants socialistes sans qu’on ait aucun moyen de le vérifier. Plus grave, dans l’élection des 9 et 16 octobre 2011, une des conditions fixées pour être électeur sera de signer une déclaration d’adhésion aux valeurs de la gauche. Dans les deux cas nous savons qu’un certain nombre de sondés d’hier et d’électeurs de demain ne sont de gauche qu’à ces occasions et donc depuis très peu de temps. Les promoteurs optimistes de la primaire trouveront un renfort définitif à leurs espoirs.

Prendre ses désirs pour la réalité n’a jamais fait que des piètres penseurs.


[1« Dans ce constat, point de nostalgie d’un age d’or militant révolu qui n’a sans doute jamais existé : Le PS n’est plus ce qu’il n’a jamais été. Mais le Parti militant , acteur de la transformation sociale, cesse d’être un horizon », Cf. Rémi Lefebvre, Les primaires socialistes. La fin du parti militant, Paris, Raisons d’agir, 2011, p. 153.

Lire aussi