observatoire des sondages

Le « vote honteux »

dimanche 29 janvier 2012

Un bruit court dans les rangs de l’UMP : Nicolas Sarkozy serait sous évalué dans les sondages à cause du « vote honteux », c’est-à-dire la sous-déclaration des intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy. En somme, il serait dans la situation de Jean Marie Le Pen dont les scores ont été régulièrement sous-estimés du fait d’une sous-déclaration chronique des intentions de vote. Jusqu’à la dernière fois où, en 2007, il fut légèrement surévalué. Il n’y aurait qu’une différence : alors que les intentions de vote Jean-Marie Le Pen devaient être multipliées par deux, il faudrait si l’on en croit Guillaume Peltier, conseiller de Nicolas Sarkozy, ajouter 2 à 3 % aux intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy [1]. Pas si négligeable s’il s’agit d’accréditer une remontée face à au favori François Hollande et s’il s’agit de jouer sur les marges d’erreur qui permettraient de soutenir que les deux rivaux sont à égalité. Ou presque. Pour changer le réel, il faut l’annoncer. La rumeur lancée par l’état major de campagne du président sortant, relayée dans les cercles militants de l’UMP, en espérant convaincre les journalistes et les sondeurs, pose des questions plus importantes que des querelles de chiffres.

Tout d’abord comment les spin doctors de l’Elysée savent-ils que le score de leur candidat est sous-évalué ? Il faut donc qu’ils connaissent les redressements. Or, on le sait suffisamment : ces redressements sont secrets et les sondeurs tiennent absolument à leurs secrets de fabrication comme ils l’ont montré en affichant leur hostilité à la réforme des sondages proposée par le Sénat. Les hommes du président seraient-ils donc dans la confidence d’informations secrètes, protégées par la commission des sondages, contrairement aux candidats adverses qui se plaignent de se les voir refuser ? On n’ose l’imaginer.

Deuxième question technique : comment peut-on proposer un redressement des intentions de vote de Nicolas Sarkozy ? On connaît le procédé qui consiste à se référer aux souvenirs de votes antérieurs et en l’occurrence au vote de 2007. Pour Nicolas Sarkozy, pas de difficulté puisqu’il était alors candidat. On peut donc supposer que les sondeurs opèrent un redressement selon les critères habituels, si les sondés déclarent moins un vote Sarkozy en 2007 que l’élu a eu de suffrages réels. Si l’intention de vote en 2012 est « honteuse », on voit mal pourquoi le souvenir de vote en 2007 ne le serait pas. Elémentaire. On ne peut supposer un instant que des professionnels ne fassent pas simplement leur travail.

Troisième question : face aux rumeurs, comment peut-on apprécier ? Les redressements sont secrets. Un « secret industriel », a même justifié le rapporteur public au Conseil d’Etat le 25 janvier 2012 [2]. Les citoyens n’y trouvent manifestement pas leur compte qui se trouvent privés des instruments pour se faire une opinion. Les candidats peuvent suspecter à bon droit la loyauté de la compétition où des candidats bénéficient d’informations qui font penser à celles que l’on sanctionne en économie avec la qualification de délit d’initiés. On a des raisons de s’inquiéter enfin de la sensibilité à la pression que peuvent subir les sondeurs et les journalistes. Est-ce faire injure aux premiers que de dire qu’ils doivent beaucoup au locataire de l’Elysée qui a mis son veto à une réforme des sondages qu’ils redoutaient par-dessus tout ? Est-ce faire injure aux seconds que de dire qu’ils doivent beaucoup aux sondeurs qui leur donnent leurs chiffres et leurs commentaires ?

Il est vrai que l’arme du « vote honteux » est à double tranchant : pourquoi des partisans de Nicolas Sarkozy seraient-ils honteux ?


[1Cf. « Qui croit encore en Sarkozy ? », Le Monde, 29 janvier 2012.

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