observatoire des sondages

Primaire de la droite : nouveau plantage sondagier

lundi 21 novembre 2016

Qui oserait dire que les sondages ne se sont pas trompés dans la primaire de la droite et du centre ? Les sondeurs bien sûr qui dans une curieuse union sacrée sur le plateau de France 2 présentaient immédiatement leur défense (Brice Teinturier d’Ipsos et Cécile Bracq d’Odoxa) à un présentateur peu cruel. Il y avait même un sondage qui avait prévu la victoire de François Fillon fut-il dit. Personne ou presque ne l’avait vu dans la nuit de vendredi à samedi. Une assurance en somme contre les erreurs il suffit de dire tout et on est assuré de ne pas s’être trompé (à ce propos lire “On l’avait vu venir” : la nouvelle fable des sondeurs français)

En l’occurrence pourtant, l’ordre d’arrivée n’avait pas été annoncé ni les énormes écarts entre les candidats (cf ci-dessous les graphiques conçus à partir du Baromètre Ipsos-Steria Sopra-Cevipof publiés dans Le Monde le 18 novembre 2016).

Certes, l’exercice était difficile pour deux principales raisons : l’absence d’élections antécédentes pour donner une base aux redressements et la faiblesse des écarts distinctifs au sein des candidats et les différences des électeurs d’un même camp. Question de volatilité, on fut donc servi. Au point qu’on pouvait se demander - pas seulement rétrospectivement - si l’exercice avait un sens.

Il aura été utile à deux titres cependant :

- on a vu comment les sondeurs et la commission des sondages ne publiaient pas ou le faisaient trop tard les fiches techniques comme la loi l’impose depuis le 25 avril 2016.

- plus encore, on a eu la preuve empirique de l’influence des sondages sur le vote. Sinon comment expliquer ce rattrapage spectaculaire de François Fillon ? Comment expliquer les décrochages de deux adversaires ? Comment expliquer surtout la concentration des votes sur les trois principaux candidats et l’écroulement des trois suivants sinon par la stratégie du vote utile permise par la connaissance des intentions de vote.

En somme, les sondages se sont trompés parce qu’ils ont modifié les votes. Il faut donc se poser la question de l’interdiction des sondages sur les intentions de vote. Le cadre légal est déjà existant : le secret du vote. Sans doute pas pensé et pour cause comme un secret collectif les sondages n’existant pas encore mais dans son principe comme un secret permettant l’expression sincère et libre de l’opinion. Nous n’y sommes plus. Il faut ajouter que la plupart des sondages ayant été effectués par internet, ils ont été rémunérés, même faiblement et qu’ainsi des opérations mercantiles interfèrent dans le processus démocratique. Ajoutons que les résistances à une telle interdiction viennent d’autres raisons commerciales. Les sondeurs pourront-ils continuer longtemps à se planter sans conséquences. Car ne doutons pas que la page soit déjà tournée. En attendant le prochain épisode.

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