observatoire des sondages

Régionales 2015 : la promotion sondagière du FN se poursuit

samedi 31 octobre 2015

Les sondages se succèdent qui annoncent la victoire du FN.

- "La liste du Front National apparaît en position de force à quelques encablures du premier tour des élections régionales". (Ifop, pour Europe1, I>télé, La voix du Nord, 27 octobre 2015).
- "Le Front National quant à lui est crédité de 28% d’intentions de vote, prenant ainsi la première place de ce premier tour". (TNS-Sofres-One Point, pour Le figaro, Rtl, Lci, 30 octobre 2015)
- "On pourrait sans doute objecter qu’il faut aussi voir le « verre au tiers plein » et pas uniquement « aux deux tiers vide » : le fait que 37% de nos concitoyens puissent aujourd’hui se déclarer « satisfaits » à l’idée que le FN puisse prendre le contrôle de plusieurs régions constitue une sacrée évolution de son acceptabilité" (Odoxa, pour Paris Match, I>télé, 30 octobre 2015).

On a toutes raisons de penser que ces bulletins sondagiers vont durer jusqu’au scrutin régional. Il sera temps au vu des résultats de les juger. Et non de faire comme la presse le fait immanquablement après toutes les consultation électorale : les oublier surtout si elles se sont trompées.

D’ores et déjà il faut pointer les fautes méthodologiques qui les entachent.

1 - Les trois sondages ont été réalisés en ligne donc aucun échantillon n’est représentatif, constitué après coup de sondés payés pour répondre.

2 - Aucun abstentionniste ni pour TNS-Sofres ni pour l’Ifop manifestement très persuasif puisque qu’aucun de ses sondés n’a refusé de lui communiquer la nature de son vote, une attitude pourtant récurrente à tout sondage de ce type.

3 - Des échantillons insuffisants.

TNS-Sofres (sponsorisé pour l’occasion par une entreprise de conseil en organisation) revendique un échantillon de 2200 personnes interrogées sur des candidatures réelles dans chacune des régions (hors Corse et Dom Tom), donc 12 régions, soit une moyenne de 183 personnes par région. Un effectif ridicule auquel il convient de retirer, en plus, les 17% en moyenne des personnes refusant de communiquer leurs intentions : de quoi faire rire tout statisticien [1].

4 - Aucune mention des coefficients de redressement attribués aux intentions brutes exprimées par les sondés. A défaut aucune trace des résultats bruts avant traitement. Il est ainsi impossible d’apprécier. Toutefois, on se demande comment les corrections ont été faites sur des élections régionales. Par rapport aux déclarations de vote à la dernière présidentielle... on suppose.

5 - Hypothèse de second tour spéculative.

Tns-Sofres se refuse à spéculer sur les configurations du second tour, pas l’Ifop qui à un mois et demi du scrutin anticipe allègrement sur les incontournables tractations et transactions en pareil cas entre les prétendants du premier tour, et annonce la victoire de Marine Le Pen, en cas de triangulaire PS-les Républicains-FN 39% contre 31% pour Xavier Bertrand (liste : Les Républicains) et 30% pour Piere de Saintignon (liste : PS)

6 - Questionnaire biaisé.

Odoxa a opté pour un sondage de souhait de victoire, un avatar dégénéré du sondage d’intention de vote plus facile à manier puisque que les souhaits n’ont pas à être corrigés, et qui permet à l’imagination du sondeur de s’exprimer encore plus librement. Pour contrecarrer la victoire annoncée du FN "Les Français souhaitent que la gauche ne se maintienne pas au second tour dans les régions où elle arriverait 3e au premier tour" affirme en substance le sondeur. En fait "60% pour une fusion des listes PS avec celles de la droite ou un désistement" (ce qui n’est pas la même chose) contre 38% pour le maintien. Et le sondeur de s’arrêter là. Il n’est pas déraisonnable de croire que la gauche et le PS ne gagneront pas ces régionales, mais pourquoi ne pas envisager d’autres hypothèses tout aussi raisonnables, comme celles de listes PS devançant au premier tour la droite et l’extrême droite ? Odoxa manifeste toujours un goût prononcé pour les prophéties annonçant des lendemains heureux au FN ? : "Crédité d’un peu plus de 25% des voix aujourd’hui, aux régionales comme à la présidentielle, le parti de Marine Le Pen dispose probablement d’une réserve de 10 à 15 points d’électeurs supplémentaires parmi ces « satisfaits », qui tous, ne votent pas (encore) pour lui aujourd’hui" (Gaël Sliman, Odoxa, 30 octobre 2015).

Pourquoi ces prophéties hasardeuses occupent-elles tant de place ? La meilleure démonstration procède sans doute par l’absurde : imagine-t-on les partis de gouvernement en tête. Cela n’intéresserait personne et surtout pas des médias en mal de titres et de sensations.


[1Le scrutin des régionales de décembre 2015 est, conformément à la loi du 16 janvier 2015, organisé en Guadeloupe et à la réunion et dans les 13 nouvelles régions métropolitaines.

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