observatoire des sondages

Bilan du 2e tour : « nous ne nous sommes pas trompés ! »

mardi 9 mai 2017

La victoire sans appel d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen ne pouvait pas laisser sans réaction les sondeurs. On le sait, ceux-ci n’aiment pas la critique scientifique, qu’ils préfèrent ignorer en l’assimilant aux critiques opportunes des politiciens mécontents de leurs scores.

Le second tour de la présidentielle a donc été l’occasion d’entendre une fois encore la récitation des sondeurs sur leur infaillibilité, puisqu’en définitive c’est le seul aspect qui les préoccupe et qu’ils consentent à évoquer avec les journalistes toujours aussi prompts à recueillir leurs plaidoyers (cf. ci-dessous 20Minutes, 8 mai 2017).

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S’ils ne se sont pas fourvoyés sur l’ordre d’arrivée, une tache à dire vrai facile, ils ont tenté avec l’aide de la presse, toujours aussi allergique aux scrutins à l’issue certaine, de nourrir un faux suspense (pour la presse régionale cf. Le second tour et la presse régionale : « du grand n’importe quoi »).

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Brice Teinturier (Ipsos) : « On est aujourd’hui avec cette enquête Ipsos Sopra-Steria à 60% en faveur d’Emmanuel Macron c’est 2 points de moins malgré tout de ce qu’on avait déjà mesuré au soir du 1er tour. Donc il y a une érosion qui n’est pas négligeable » (France inter, 2 mai 2017)

Ce faux suspense prend fin avec la prestation télévisée de Marine Le Pen, un ratage providentiel pour les sondeurs toujours heureux de disposer d’une explication « toute trouvée » aux yoyos sondagiers, en l’occurrence ici le « rebond » d’Emmanuel Macron. A J-2 « la dynamique » en sa faveur est de retour (cf. Le Monde, 5 mai 2017) [1]. Au soir du second tour, ils peuvent enfin redire qu’ils ne se sont pas, bien entendu, trompés, et le lendemain se plaindre, à nouveau des « critiques injustifiées » dont ils ont été l’objet.

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Et pourtant. A en croire le directeur général délégué d’Ipsos 2 points est une différence non négligeable. Que conclure alors des différences de 3 à 6 points entre les résultats effectifs et les derniers scores des sondeurs. Que leurs chiffres ne sont pas fiables ? Que leur précision laisse à désirer ? On imagine aisément que des marchands de chiffres ne se laisseront jamais aller publiquement à de tels aveux. On peut même douter qu’ils avouent avoir surestimé de façon « non négligeable » tout au long de la campagne Marine Le Pen (Cf. à ce propos Le FN et la générosité des sondeurs). Quoi qu’il en soit on connait déjà leur réponse parfaitement et involontairement résumée par un journaliste de Europe1, surmené à l’évidence par une campagne présidentielle sans fin :

- « Ce qui importe, au final, c’est toujours la lecture que l’on fait des sondages. Et là, experts et sondeurs disent la même chose : ne regardez pas la photo, ni même le chiffre. Ce n’est pas une prédiction, c’est une tendance, c’est l’évolution qui a du sens » (Europe1, 14 avril 2017, cf. Le culte des sondages fait-il perdre la raison ?).

Pour celles et ceux qui souhaiteraient évaluer la précision des sondages et même l’« évolution de la tendance » le tableau de chiffres (mais sans photo) récapitulatifs ci-dessous pourrait néanmoins s’avérer indispensable.

Marine Le Pen Emmanuel Macron
OpinionWay [2]
40%
60%
Elabe [3]
41%
59%
Ifop [4]
40,5%
59,5%
BVA [5]
40%
60%
Ipsos [6]
41%
59%
OpinionWay [7]
38%
62%
Ipsos [8]
37%
63%
Ifop [9]
37%
63%
Odoxa [10]
38%
62%
Résultats
définitifs [11]
33,9%
66,1%

[1Le terme de prédiction étant banni du vocabulaire des sondeurs il leur fallait trouver un synonyme.

[2Orpi, Les Echos, 2 mai 2017.

[3BFMTV, L’Express, 2 mai 2017.

[4Paris Match, CNews, Sud-radio, 2 mai 2017.

[5Orange, PQR, 2 mai 2017.

[6Cevipof, Le Monde 2 mai 2017.

[7Orpi, Les Echos, 5 mai 2017.

[8Le Monde, 5 mai 2017.

[9Paris Match, CNews, Sud-radio, 5 mai 2017.

[10Dentsu Consulting, Le Point, 5 mai 2017.

[11Ministère de l’Intérieur, 8 mai 2017.

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